Photos Bali partie 1

Il y a dix ans, je partais vers l’Indonésie, sur l’île de Bali pour être exact. D’ordinaire les gens se préparent lorsqu’ils voyagent, réservent une chambre d’hôtel. J’avais plutôt passé les six mois précédents mon départ à apprendre la langue d’usage, j’arrivais là après 32 heures d’avion et d’escales sans trop savoir ou j’allais dormir. Il y a dix ans, je ne voulais pas être photographe, je prenais des photos. Il y a dix ans, les choses étaient différentes; on ne mitraillait pas nos sujets, les négatifs coûtaient cher. La technologie a certainement changé bien des choses mais est-ce que mon rapport à la photographie, lui, avait subit des transformations. Si la photographie est devenue pour moi un métier, ce n’est pas sans certaines interrogations. Si un photographe questionne chacune de ses photos(la photographie, c’est faire des choix après tout) je crois qu’on dois un jour s’arrêter et prendre le temps de s’interroger sur son propre cheminement. Comme pour la vie, prendre le temps de regarder le passé pour mieux cerner le présent. J’ai donc décidé de retravailler l’ensemble de ce que j’ai fait photographiquement au cours des dix dernières années à commencer par ce que je qualifierais de mes débuts photographiques, c’est à dire ce voyage en Indonésie. Je remonterai le temps, si le temps me le permet, jusqu’à aujourd’hui. Cet article est donc le premier d’une série à travers lesquels je commenterai certaines photos d’un point de vue historique, anecdotique, esthétique ou technique.

Voyage à Bali en Indonésie. Photo: David L.Lemieux, Photographe à Montréal
Cette première photo, même si d’un point de vue sémantique et esthétique, m’apparaît comme tout à fait ordinaire, porte néanmoins un certain crédit à mes yeux. C’est le genre d’image qui, disons-le, tire son importance bien plus de par son histoire que de par ses qualités esthétique. J’arrivais donc à Bali, un peu déboussolé par le décalage horaire. J’étais partit pour le dépaysement, l’aéroport n’était pas trop dépaysant, les douaniers bêtes à l’occidental dans un décors rappelant la Floride, du moins l’image que je me faisais de la Floride. J’étais déçu d’aventure le temps de faire estampiller mon passeport. À la sortie de l’aéroport, les balinais vous accueillent: hôtel, hôtel, taxi, hôtel, taxi, taxi, taxi, hôtel, taxi, hôtel, taxi, taxi… Je me laissais accaparer par le premier pour me sauver des autres et le laissais me mener vers l’hôtel de ses amis. Si l’aéroport est décevant en terme de dépaysement, dès ma sortie j’ai su que je n’était plus sur la même planète, l’industrialisation n’était pas encore tout à fait arrivée là. Je me souvient de mon premier constat, tout les Balinais ont une faucille. En route vers l’hôtel, l’odeur me prend, la plupart des touristes s’en incommodent à Bali, les ordures à l’époque n’étaient pas ramassé mais incinéré sur place. J’avais trouvé mon logis pour la nuit, je n’avais pas dormi depuis 40 heures, je voulais faire mes premières photos, j’allais sur la plage. J’aime cette photo parce que sans artifices; c’est un mensonge. Le soleil couchant, on s’imagine les petits chiens jouant sur la plage, courant autour du catamaran coloré en quête d’un os… Oui, probablement un des miens… Les chiens sur Bali sont presque tous des chiens errants affamés mais surtout malades. Les trois chiens (je vous mets au défi de trouver le troisième) tournaient autour de moi comme une meute de hyènes en chasse, jappaient, grognaient et finirent par se sauver à l’arrivé d’un balinais désireux de me vendre son dépanneur:
-Hôtel?
-Non, j’ai déjà un hôtel.
-Plongé?
-Non.
-Hash?
-Non (je vous conseilles d’ailleurs de faire de même, les peines sont très sévères en Indonésie).
-Champignons?
-Non.
-Des femmes?
-Non.
-Des hommes?
-Non.
-Un enfant?
-No fucking way.
Je me suis levé et je suis parti me coucher. C’était mon premier véritable contact avec un Indonésien, j’étais pour le moins sceptique de ce dans quoi je m’étais aventuré. Le lendemain les coqs me réveillaient à 4 heures du matin.

Voyage à Bali en Indonésie. Photo: David L.Lemieux, Photographe à Montréal
Si mon premier contact avec l’Indonésie ne se fit pas sans un certain choc, le reste de mon voyage m’aura permis d’apprendre à connaître et aimer un peuple pour lequel j’ai développé un respect plus grand que pour ma propre nation. J’aime beaucoup la photo ci-dessus, c’est pour moi une belle représentation du choc des cultures et la capacité d’un peuple à pouvoir s’y adapter. Dans les faits Bali était, il y a dix ans, une île en voie d’industrialisation dont l’économie tournait et tourne probablement encore aujourd’hui autour du tourisme, essentiellement culturel. Les touristes vont à Bali pour voir des cérémonies, acheter des toiles (tout les balinais sont peintres)… On pourrait croire que ce conservatisme culturel est une réponse à la demande touristique, mais lorsqu’on sort des centres « urbains » et qu’on prend le temps de parler avec eux, on s’aperçoit rapidement que leur affirmation culturelle est loin d’être une réponse exclusive à des impératifs économiques. Les Balinais sont réellement fier de leur culture. Si les attrapes touristes se multipliais dans un cadre purement économique, les mêmes rites se répétais dans l’intimité du peuple. Cette photo en est un bon exemple, la cérémonie, fêtée dans un centre urbain, m’apparaissait comme une festivité dédié au tourisme pour faire rouler l’économie. Après la cérémonie, j’ai demandé à un Indonésien avec qui je m’étais fais ami de m’amener dans une vrai cérémonie. La deuxième cérémonie était en tout point identique à la première mis à part le fait qu’elle avait lieu le soir dans une petite ruelle à l’abri de la curiosité des touristes. Je vous présenterai quelques photos de cette cérémonie dans mon prochain article sur Bali.

Voyage à Bali en Indonésie. Photo: David L.Lemieux, Photographe à Montréal
Quoi qu’il en soit les Balinais, malgré la forte influence occidentale dont ils sont sujet, ont su tirer profit de leur affirmation culturelle et, étant donné leur situation socio-économique, je n’arrive pas à le leur reprocher malgré les quelques dérapages d’adaptation touristique dont ils sont sujets. Si les toiles vendues à Ubud sont plus artisanales qu’artistiques en réponse à une commercialisation de la culture, le résultat n’en est pas moins celui d’une société débrouillarde faisant ce qu’elle peut avec peu pour subsister dans un système économique difficile.

Voyage à Bali en Indonésie. Photo: David L.Lemieux, Photographe à Montréal
Voyage à Bali en Indonésie. Photo: David L.Lemieux, Photographe à Montréal
On ne se le cachera pas, la plupart des balinais sont pauvres et, puisque l’économie tourne autour du tourisme, à Bali, le prétexte à faire de l’argent avec les touristes donne parfois lieu à quelques étrangetés comme celle des deux photos ci-dessus. À proximité d’un temple, un Indonésien nous invitait à entrer dans la caverne pour toucher le serpent sacré…

Voyage à Bali en Indonésie. Photo: David L.Lemieux, Photographe à Montréal
Je terminerai ce premier article en vous présentant simplement ma photo préférée de ce premier groupe d’images sur Bali. C’est une photo toute simple dont j’aimes particulièrement la composition, la pose et l’expression des deux enfants. À mon avis elle passera l’épreuve du temps.

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